La victoire de l’ACC sur l’édifice de la Défense nationale

À la fin des années 1960, les promoteurs ont fait campagne pour financer et construire les édifices majeurs du gouvernement canadien, plutôt que de demander au ministère des Travaux publics d’embaucher un architecte et de recevoir des soumissions d’entrepreneurs généraux. Ces demandes ont été refusées, car le gouvernement fédéral pouvait emprunter de l’argent à un taux plus bas que les promoteurs. Cependant, les questions budgétaires rendaient les propositions plus intéressantes, et, en 1969, il a été convenu que les soumissionnaires pour le nouveau siège social de Transports Canada à Ottawa seraient tenus de s’occuper de son financement.

Les promoteurs et les entrepreneurs généraux pouvaient tous deux faire des soumissions. Normalement, les promoteurs avaient l’avantage d’être propriétaires de terrain et avaient compétence en ce qui a trait à la conception. Dans ce cas, la Couronne était déjà propriétaire du terrain, et le travail de conception était déjà terminé. Les entrepreneurs généraux avaient accepté de soumissionner dès qu’ils auraient reçu une garantie officielle que les spécifications de conception ne seraient pas modifiées. À l’ouverture des soumissions, un promoteur a présenté un ensemble de dessins et a affirmé qu’il pouvait fournir un édifice approprié à un meilleur coût. Sa proposition a été refusée.

Cependant, le soumissionnaire le moins disant avait fait trois graves erreurs d’estimation et avait demandé de retirer sa soumission. Le sous-ministre lui avait avisé que s’il décidait d’en faire de même, le ministère des Travaux publics allait faire appel au cautionnement. L’entrepreneur général avait alors une décision difficile à prendre. Il y a ensuite eu un retard. Pendant ce temps, le sous-traitant des ascenseurs, aux prises avec une augmentation des prix, insistait pour obtenir une décision afin de commencer la construction des cuvettes d’ascenseur. En temps opportun, le soumissionnaire classé second avait demandé s’il avait des chances d’obtenir le contrat, et on lui a avisé que le projet serait enfin accordé au promoteur. Il a ensuite transmis l’information à l’ACC. En effet, il semblait que le gouvernement avait une obligation.

L’association a rapidement interrogé tous les entrepreneurs généraux et les grands entrepreneurs spécialisés ayant fait une soumission et a établi avoir dépensé plus de 400 000 $ selon les garanties du ministère que les spécifications ne devaient pas être modifiées. On a invité le Président du Conseil du Trésor et le ministre des Travaux publics à dîner au Rideau Club où Mark Stein, président de l’ACC, a protesté contre la situation de façon calme, mais ferme.

Les ministres ont convenu le gouvernement en était le responsable et a déclaré qu’une action serait posée. Peu après, on a annoncé que l’édifice à triple tour conçu en grande partie pour la Défense nationale ne serait pas construit sur les plaines Lebreton. Plutôt, ce ministère serait logé dans l’édifice prévu pour Transports Canada. Le contrat serait accordé au soumissionnaire le moins disant. Tous ceux ayant investi du temps, de l’argent et de l’effort dans la soumission retenue ne l’auraient pas fait en vain. Le changement d’intention de l’édifice nécessitait de grandes modifications et tous en sont sortis gagnants. Plusieurs mois plus tard, on a annoncé que Transports Canada louerait un espace dans un complexe de bureaux dans le centre-ville appartenant à un promoteur.