Le long, long chemin pour arriver aux trois catégories de membres

En 1918, les fondateurs de l’ACC croyaient que toutes les « associations de constructeurs » régionales au Canada deviendraient des sections de l’organisme national. Cependant, seules les associations régionales d’Ottawa et de St. John’s ont accepté de se joindre à l’Association canadienne de la construction. Ailleurs, certaines des associations de constructeurs étaient grandes et existaient depuis longtemps. Elles hésitaient à renoncer à leur identité. Elles sont plutôt devenues des membres « affiliées ».

Quand j’ai commencé à travailler à l’Association canadienne de la construction (ACC) en 1946, il existait trois principales catégories de membres divisées selon le volume d’affaires des entreprises. Les membres de la Catégorie A devaient payer une cotisation de 200 $ par année; ceux de la Catégorie B, 100 $ et ceux de la Catégorie C, 50 $. Les associations étaient placées dans la Catégorie C et, afin d’aider les nouvelles associations à s’établir, ces dernières n’avaient aucun droit à payer la première année de leur adhésion.

Il y avait toutefois une exception ̶ chacun des membres de l’Association des constructeurs de Vancouver devenait un membre de l’ACC à part entière et était classé dans la Catégorie D moyennant 5 $ par année. Cette « bonne affaire » était fondée sur le fait que les membres de cette association étaient séparés du reste du Canada par les Rocheuses et ne pouvaient pas participer aux activités organisées par l’organisme national contrairement aux autres situées ailleurs au pays. Cette méthode d’« intégration » a pris fin lorsque Lorne Bain, le nouveau président de l’adhésion de l’ACC, a recruté bon nombre d’entreprises de la C.-B. et a dépassé les recettes totales de la Catégorie D.

Comme nous l’avons déjà mentionné dans les billets de ce blogue, l’ACC organisait régulièrement des entretiens avec le cabinet du gouvernement provincial. Un dossier était préparé au nom de l’ACC et de ses associations provinciales membres et ces dernières étaient représentées au sein de la délégation. Les mesures législatives régissant les questions se rapportant à la formation des apprentis, aux relations du travail et à l’indemnisation pour accident de travail étaient sous la juridiction provinciale. L’ACC a encouragé la création d’associations provinciales de la construction afin que des représentations soient faites plus régulièrement.

Ce faisant, l’ACC s’est rendu compte qu’en tant qu’association, elle devait rivaliser avec d’autres organisations afin d’attirer des membres et, en fait, c’est ce qui est arrivé. Dans certaines provinces, les individus qui finançaient le nouvel organisme provincial ont encouragé leurs entreprises de laisser tomber leur adhésion à l’ACC et de plutôt aider à financer l’association provinciale. À cette époque, les relations entre les gouvernements fédéral et provincial étaient souvent acrimonieuses. « L’aliénation de l’Ouest » et le « séparatisme » au Québec étaient des réalités politiques et certains de ces mouvements s’étaient infiltrés au sein des associations. De plus, certaines associations de métiers spécialisés élargissaient leurs programmes à des domaines d’intérêt plus généraux et mettaient en question le soutien financier que leurs membres fournissaient à des associations représentant l’ensemble de l’industrie. Aux États-Unis, les associations représentant les entrepreneurs généraux et spécialisés dépensaient de larges sommes en efforts de lobbying réclamant, respectivement, un contrat général et des systèmes de contrats séparés pour les métiers dans le cadre de projets de construction fédéraux et dans les États américains.

En 1964 et 1965, le programme de construction au Canada connut une forte croissance après une période d’inactivité relative. En outre, les prévisions du Conseil économique du Canada pour les cinq prochaines années, soit jusqu’à 1970, prévoyaient que le programme de construction augmenterait de manière concrète de 10 % par année. Cet essor constituait un immense défi pour l’industrie. Elle devait accroître sa main-d’œuvre; améliorer ses compétences de gestion; établir des pratiques commerciales afin de réduire les retards et les litiges contractuels; établir des relations patronales-syndicales plus stables et s’organiser efficacement pour élaborer et exécuter des politiques coordonnées. Autrement, ces perspectives prometteuses pour l’industrie se solderaient par des casse-têtes gigantesques causés par des circonstances chaotiques.

En réponse, l’ACC convoqua la Conférence des associations de l’industrie de la construction à Ottawa en 1965. On mit en évidence le fait que les associations de l’industrie seraient un facteur déterminant des jours à venir. C’était grâce à elles que de nombreux programmes variés de formation avaient été réalisés. C’était grâce à elles que la plupart des conventions collectives avaient été négociées. C’était grâce à elles que les représentations avaient été adressées à tous les paliers des gouvernements ainsi qu’aux organismes liés aux activités de l’industrie de la construction. C’était grâce à elles que les normes de l’industrie et les procédures administratives avaient été établies. Comment serait-il possible de tirer davantage profit des ressources des associations en améliorant la coordination et évitant les sérieux chevauchements et lacunes?

Le premier ministre Lester B. Pearson accepta d’être conférencier d’honneur. L’ACC avait joint aux invitations des documents de référence détaillés sur vingt sujets et six propositions. Au-delà de soixante-quinze associations y furent représentées. Une dizaine de délégués de tous les niveaux des associations générales et spécialisées entamèrent le débat sur les objectifs de la Conférence en exposant leur point de vue. Ensuite, les délégués furent divisés en quinze groupes afin d’examiner en détail les documents de référence et les propositions de motions. De plus, ils attribuèrent aux associations nationales, provinciales ou régionales les principales responsabilités liées aux cent objectifs particuliers de l’industrie. Dans bien des cas, l’on jugea que cette responsabilité devait être partagée entre des associations possédant deux ou trois niveaux opérationnels. La fonction essentielle de l’ACC fut confirmée.

Parmi les documents de la Conférence, il y avait un mémo sur l’« intégration » prévue des membres de l’Alberta Builders’ Exchange Council. Dans le cadre de la Conférence, l’une des motions adoptées prévoyait l’étude et des discussions de l’industrie sur l’intégration des activités, cotisation, etc. des associations locales, provinciales/régionales et nationales.

À la prochaine Conférence des associations de l’industrie de la construction qui a eu lieu en 1970, l’on indiqua que les dispositions en ce qui a trait à l’intégration avaient été mises en place jusqu’au niveau national en Alberta, Saskatchewan et à Terre-Neuve et qu’elles avaient été approuvées par la BC Construction Association. Une autre proposition fut aussi approuvée à la Conférence. Elle prévoyait « que l’intégration aux trois niveaux des membres, politiques, programmes, cotisations, etc. des associations de la construction soit mise en œuvre dans tout le Canada le plus tôt possible. »

Au moment d’écrire ce billet, des dispositions d’« intégration » existent entre l’ACC et soixante-quatre associations partenaires de la construction des quatre coins du Canada. Bref, le principe d’origine des pères fondateurs de l’ACC qui voulait que les membres des « échanges » de constructeurs locaux (alias associations de la construction) soient tous membres de l’association nationale a été réalisé et a été élargi aux associations provinciales. Ils ont de quoi être fiers!