Le projet du centenaire du Canada réalisé par l’ACC en 1967

En 2017, le 150e anniversaire du Canada fut marqué par de nombreux événements exceptionnels, mais son centenaire fut une célébration beaucoup plus grandiose. Parmi les projets commémoratifs, bon nombre furent des projets de construction, p. ex. Expo 67 à Montréal et le Centre national des arts d’Ottawa. Pour sa part, l’Association canadienne de la construction (ACC) avait choisi d’entreprendre un projet unique en cette année centenaire.

Le Comité des relations du travail de l’ACC proposa au Comité de gestion de l’Association que le temps était venu de trouver une solution au problème majeur de l’industrie : les relations du travail. Trop souvent à cette époque, les projets de construction faisaient l’objet d’arrêts de travail qui se succédaient un après l’autre alors que les travailleurs spécialisés négociaient de nouveaux contrats. La tactique des grèves de surenchère était aussi courante partout au pays. Il fallait trouver une meilleure façon de faire les choses.

Les deux comités proposèrent une enquête détaillée des relations du travail dans l’industrie de la construction qui serait menée par les meilleurs conseillers. L’on a jugé que la participation des syndicats était essentielle. Un budget conséquent fut donc affecté au projet. Après avoir entendu une présentation détaillée sur le sujet, le Comité de gestion accorda son approbation et on donna le coup d’envoi au Projet du centenaire du Canada de l’ACC.

H. Carl Goldenberg, OBE, c.r., LL.D., une autorité reconnue en relations industrielles, accepta de diriger l’enquête. John Crispo, Ph. D., directeur du Centre des relations industrielles de l’Université de Toronto, fut, ensuite, nommé directeur. En temps voulu, des conseillers furent engagés pour effectuer treize études au total. Ces dernières portaient sur des questions allant des besoins en main-d’œuvre et formation à la structure et au rendement des systèmes de négociations collectives; des avantages prescrits par la loi et négociés aux conflits de juridiction syndicale et enfin de l’impact des changements technologiques aux relations du travail et lois sur les normes du travail.

En général, les conseillers acceptèrent d’emblée de participer au projet. En plus de leurs honoraires, on leur promit le droit d’agir librement dans le cadre de leur travail. On leur garantit également que leur rapport serait traduit dans l’autre langue officielle du Canada et publié en deux livres reliés. Un Comité directeur composé non seulement de représentants de cadres supérieurs du Canada entier, mais aussi de chefs d’organisations syndicales de la construction, leur fournirait des directives.

Le projet fut réalisé au coût de 129 000 $. Selon la feuille de calcul de l’inflation de la Banque du Canada, la somme de 129 000 $ en 1967 équivaudrait environ à 956 000 $ aujourd’hui. La version anglaise du rapport comptait 670 pages. Les deux livres furent distribués à grande échelle. La plus importante recommandation issue de l’enquête suggérait que les groupes d’employeurs de l’industrie de la construction soient « accrédités » en matière de négociation collective — un peu comme la certification des organisations syndicales à cette fin. Ceci mena à un meilleur équilibre au cours des négociations et à la conclusion de conventions collectives dans l’ensemble de l’industrie pour la plupart des provinces. Par conséquent, les grèves et lock-out eurent des conséquences beaucoup plus importantes que les arrêts de travail touchant seulement un corps de métier d’un endroit précis et donnèrent lieu à des négociations plus responsables.

Aujourd’hui, l’effet positif de l’enquête est manifeste; elle engendra la création de l’Alliance nationale des relations de travail dans l’industrie de la construction et l’établissement de ses associations membres provinciales dans tout le Canada. À travers l’histoire, avant même la naissance du mouvement antisyndical au début et au milieu des années 90, l’ACC joua un rôle majeur dans l’élaboration du Code canadien du travail et la Loi sur l’assurance-emploi; la surveillance des justes salaires et heures de travail des calendriers de travail du gouvernement fédéral; la création d’un recueil d’informations utiles à l’intention des comités de négociations de contrats de travail. Elle eut aussi un apport important en participant à des comités mixtes nationaux formés par le ministère du Travail fédéral; en fournissant des représentants patronaux pour former des délégations canadiennes en vue de conférences internationales d’organisations syndicales et en organisant des conférences annuelles sur les relations du travail dans l’industrie de la construction. L’enquête sur les relations du travail dans l’industrie de la construction réalisé par l’ACC fut, sans contredit, une initiative unique, exceptionnelle et précieuse qui a produit des avantages à long terme.