L’initiative de l’ACC envers la conversion au système métrique

Bien qu’on n’en ait guère entendu parler, le 1er janvier 2018 a marqué le 40e anniversaire du jour M. Par définition, le jour M en 1978 signifiait « la première journée de l’année de construction métrique, année où l’industrie de la construction canadienne utilisera principalement le SI (système international). Suivant le jour M, les plans, les spécifications, les matériaux et les composants qui doivent utiliser les termes métriques seront disponibles. »

La participation de l’Association canadienne de la construction (ACC) à cette initiative remonte à l’année 1969, lorsqu’elle a fait des démarches auprès du gouvernement du Canada en proposant que le Canada effectue la conversion au SI. L’Expo 67 de Montréal a été le moteur de la conversion métrique. La plupart des pavillons étrangers avaient été conçus selon le système métrique dans leurs pays respectifs, mais avaient été construits par des entrepreneurs canadiens. Les entrepreneurs canadiens avaient été impressionnés par la facilité qu’apportait le système métrique pour effectuer des tâches comme l’estimation et la construction, et sont ensuite devenus des « missionnaires du système métrique ».

En 1970, le gouvernement fédéral a publié un livre blanc énonçant son objectif d’adopter le système métrique (SI). Par la suite, tous les partis politiques ont adopté une résolution à cet égard, puis est venu l’établissement d’une loi modifiant la Loi sur les poids et les mesures et la Loi sur l’emballage et l’étiquetage. Ensuite, on a formé la Commission du système métrique Canada chargée de superviser le processus de conversion. Tom Somerville, ancien président du conseil de l’ACC, avait été nommé commissaire pour représenter l’industrie de la construction.

La Commission du système métrique a ensuite délégué la planification détaillée à 150 comités sectoriels représentant les différents secteurs de l’économie canadienne. Le Comité sectoriel de la construction a été le premier à être formé. Parmi ses membres, on comptait des représentants provenant de 25 organismes nationaux, organismes de normalisation et organismes gouvernementaux. Stan Kent, la personne désignée par le milieu d’architecture, et moi-même avons coprésidé ce comité sectoriel. John Westeinde était le représentant des entrepreneurs généraux. Le plan du secteur de la construction a également été le premier à être complété et approuvé; cela remonte à 1975. On nous a dit que cet exploit avait provoqué un sentiment de honte chez les autres comités sectoriels, les motivant à accélérer la mise en œuvre de leurs propres plans de conversion au système métrique.

L’une des grandes tâches principales du Comité sectoriel de la construction était de convertir des centaines de normes de la CSA, de l’ONGC, de l’ULC et d’autres organismes, de même que les normes du Code national du bâtiment et des codes connexes en unités métriques du SI. Un nombre relativement faible de composants de construction a dû faire l’objet d’une conversion fondamentale en mesures arrondies afin de respecter le module structurel de 100 mm. Pour certains autres composants, il n’était pas nécessaire d’arrondir les mesures et ils pouvaient donc faire l’objet d’une conversion arithmétique en termes métriques, même si l’on préférait toujours la conversion fondamentale. Un bon nombre de composants étaient montés au mur ou fixés au sol, et entourés d’air, donc leur dimension n’était pas d’importance. Les systèmes de plafond, quant à eux, comportaient beaucoup de composants et leurs dimensions devaient être compatibles. Bien des fabricants, comme des aciéries, ont accueilli la conversion fondamentale comme étant le point de départ de la réduction du nombre de composants de différentes dimensions devant être tenus en stock. Un par un, les fournisseurs de matériaux et de composants « dont les dimensions doivent être précises » ont accepté de faire la conversion au système métrique avant le jour M.

Le gouvernement fédéral et la plupart des gouvernements provinciaux, les propriétaires de services d’électricité ainsi que les propriétaires d’autres secteurs publics se sont engagés à lancer des appels d’offres exprimés en unités métriques après le jour M. De son côté, la Société canadienne d’hypothèques et de logement a annoncé qu’elle n’approuverait les plans en unités métriques qu’après le 1er mai 1979. L’objectif du jour M avait été largement atteint et de bons progrès avaient été réalisés dans l’ensemble. En novembre 1979, on avait prévu avec assurance dans le plan mis à jour que la conversion serait terminée dans le secteur de la construction avant la fin de l’année 1981. Le tout reflétait bien la période de transition de trois ans prise par l’Australie lors de leur conversion obligatoire au système métrique, qu’ils ont réussie avec brio.

Donc, qu’est-il arrivé? Le Canada utilise toujours les deux systèmes de mesure. Les plans pour les maisons individuelles sont habituellement conçus en unités impériales (en pieds et en pouces). Dans les épiceries, les produits sont généralement affichés en livres, mais sont convertis en kilogrammes à la caisse enregistreuse. Trois facteurs expliquent le tout.

Tout d’abord, en 1978, les grands fabricants de contreplaqué de la Colombie-Britannique expédiaient volontiers des panneaux en dimension métrique aux marchés étrangers, mais pour souligner leur engagement envers l’approvisionnement des marchés locaux, ils exigeaient un minimum de commandes de wagons pleins plusieurs mois avant leur livraison. Les constructeurs de maisons ne fonctionnaient pas de cette façon. Un grand fabricant canadien de plaques de plâtre avait entreposé des panneaux en dimension métrique partout au Canada, mais s’était retrouvé coincé puisque ses panneaux devaient être de la même dimension que les panneaux de contreplaqué. Ainsi, l’espacement entre les poteaux devait également se conformer aux panneaux en dimension impériale.

Le deuxième facteur, que l’on considérait comme étant le facteur principal, était lié à une élection fédérale. Même si la position de principe du Parti progressiste-conservateur appuyait la conversion métrique, plusieurs candidats de l’ouest du Canada affirmaient dans leur campagne électorale qu’elle serait rejetée. Lorsqu’élus comme députés du nouveau gouvernement, ceux-ci se sont sentis obligés de faire pression en faveur d’un changement de politique. Un comité d’examen a recommandé que la conversion soit optionnelle. Le gouvernement libéral qui a suivi a choisi de ne pas effectuer de changement à la politique. Par conséquent, le programme de conversion métrique a perdu de vue son objectif.

Le troisième facteur consiste en une expérience semblable vécue de l’autre côté de la frontière. Le gouvernement des États-Unis a également lancé un programme de conversion métrique quelque temps après l’initiative amorcée par le Canada. Il a montré l’exemple en élaborant son propre grand programme de projets de construction et d’ingénierie. Dans l’esprit de minutie, au lieu d’établir des « milestones » (des étapes), le calendrier prévu pour la nouvelle ambassade américaine à Ottawa comprenait des « kilometer stones ». Le programme des routes a servi de motivation principale : les autoroutes interétatiques recevraient des subventions fédérales uniquement si elles étaient exprimées en unités métriques. Peu après, les grands états et les grandes villes ont adopté le système métrique pour tous leurs travaux. Il était prévu que toutes les constructions fédérales seraient entièrement converties au système métrique avant l’année 2000, et que le reste de l’industrie de la construction en ferait autant en l’espace de dix ans. Toutefois, en 1998, un sénateur du North Dakota, où le programme de petites routes demeurait en unités impériales, a modifié la Loi de l’utilisation métrique (Metric Usage Act) de 1975 pour permettre aux gouvernements des États de renoncer à la conversion métrique. Le financement fédéral s’est épuisé et, au fil des ans, les différents gouvernements sont revenus au système impérial. En 2005, New York était le dernier État à abandonner le système métrique.

Mais au Canada, grâce à l’initiative de l’ACC et à son rôle de leadership, ceux qui participent à des projets de construction de bâtiments (y compris des structures plus grandes du secteur de la construction résidentielle) et de génie civil, bénéficient aujourd’hui des avantages de la conversion au système métrique.